In CONFUCIUS, Les Entretiens de Confucius et de ses disciples, Traduction Jean Levi, Collection Spiritualités Vivantes, Éditions Albin Michel, 2016
“Comme le Maître parlait de s’exiler chez les barbares de l’Est, quelqu’un lui demanda ce qu’il allait faire dans ces contrées déshéritées. Confucius répondit :
− Aucune contrée n’est déshéritée dès lors qu’un homme de bien y séjourne.”
CONFUCIUS, Entretiens (v. − 500), 9, 14 (p. 114)
L’importance de l’étude (xue)
Le Maître a dit :
− L’étude sans réflexion est vaine, la réflexion sans étude pernicieuse.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 12 (p. 61)
Le Maître dit :
− Tseu-lou, veux-tu que je te dise ce que c’est que savoir ? Savoir que l’on sait quand on sait, et que l’on ne sait pas quand on ne sait pas, voilà savoir.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 14 (p. 61)
Le Maître a dit :
− Qui le matin a connu la Voie peut mourir heureux le soir même.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
4, 8 (p. 74)
Le Maître a dit :
− Je ne suis pas de ces gens qui agissent sans rien savoir. Je m’en tiens à cette forme inférieure de la connaissance consistant à choisir le meilleur parti et à le suivre après avoir beaucoup écouté, ainsi qu’à emmagasiner ce que l’on a longuement examiné.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
7, 28 (p. 100)
Confucius se trouvant en grand péril à K’ouang s’écria :
− Où est-elle donc la culture depuis la mort du roi Wen le Cultivé, sinon en moi ? Si le Ciel avait voulu la faire disparaître, cette culture, il ne m’aurait pas fait bénéficier de cette culture, moi qui viens après sa mort. Ainsi donc, puisqu’il semble que le Ciel ne veuille pas la faire disparaître, cette culture, que peuvent contre moi les gens de K’ouang ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
9, 5 (p. 111)
Le Maître a dit, contemplant un fleuve depuis la rive :
− Tout passe comme cette eau ; rien ne s’arrête ni jour ni nuit.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
9, 17 (p. 114)
Maître Tseng a dit :
− Le raffinement de la culture attire les amis, les amis concourent à la bonté.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 21 (p. 143)
Le Maître a dit :
− On aura beau réciter par coeur les trois cents poèmes du Livre des Odes, à quoi bon en connaitre un tel nombre si on ne sait en interpréter le sens quand ils sont récités à des fins politiques ou bien si, envoyé en ambassade à l’étranger, on se montre incapable de donner la réplique ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
13, 6 (p. 146)
Se rendant au Wei conduit par Jan K’ieou, le Maître s’extasia :
− Ah, qu’ils sont nombreux, les habitants !
− Que faudrait-il de plus ?
− Les enrichir.
− Et une fois riches ?
− Les éduquer.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
13, 10 (p. 147)
Le Maître dit un jour à Tseu-kong :
− Tseu-kong, tu crois peut-être que j’ai retenu tout ce que j’ai appris ?
− En effet. Cela ne serait-il pas vrai ?
− C’est faux. Je me contente de relier tout par un fil unique.
Une autre fois, le Maître lui déclara :
− Mon petit Tseu-kong, rares sont ceux qui savent ce qu’est la vertu.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 3 (pp. 166-167)
− J’aimerais ne plus parler ! s’exclama un jour le Maître.
− Si vous ne parlez plus, s’inquiéta son disciple Tseu-kong, quel enseignement aurons-nous à transmettre ?
Confucius répondit :
− Est-ce que le Ciel parle ? Et pourtant les quatre saisons suivent leur cours, les êtres sont produits. Pourquoi le Ciel parlerait-il ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 19 (pp. 188-189)
Tseu-hia a dit :
− Élargir ses connaissances tout en consolidant son savoir, poser des questions sur des sujets précis pour réfléchir aux problèmes concrets, là se trouve le sens de l’humain.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
19, 5 (p. 199)
Tseu-hia a dit :
− L’homme noble se consacre à l’étude pour accéder à la Voie comme l’artisan se tient dans son échoppe pour réaliser son ouvrage.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
19, 7 (p. 199)
Tseu-kong a dit :
− Les méfaits du tyran Tcheou-hsin ne furent pas aussi effroyables qu’on le prétend. C’est la raison pour laquelle l’homme noble redoute de se trouver sur le cours inférieur du fleuve de l’opinion : là se déverse la fange de l’univers.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
19, 20 (pp. 202-203)
Les figures de l’homme de bien (junzi)
Le Maître a dit :
− Qui gouverne un peuple par l’exemple de sa vertu est comme l’Étoile polaire. Immobile, les autres étoiles gravitent autour d’elle.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 1 (p. 58)
Le Maître a dit :
− Le sens profond des trois cents poèmes du Livre des Odes tient dans un seul de ses vers : « Rien de vil dans son penser. »
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 2 (p. 58)
Comme Tseu-tchang étudiait en vue d’obtenir un poste, Confucius lui fit les recommandations suivantes :
− Écoute beaucoup pour écarter les points douteux, et ne parle du reste qu’avec circonspection, tu feras peu d’erreurs ; observe beaucoup pour éviter les entreprises risquées, et ne mène les autres qu’avec prudence, tu auras rarement à t’en repentir. Peu d’erreurs dans tes paroles, peu de regrets de tes actes, et te voilà promis à une brillante carrière !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 15 (pp. 61-62)
Le Maître a dit :
− Seule la bonté permet de supporter longtemps l’adversité comme le bonheur. L’homme bon trouve dans la bonté sa quiétude, l’homme avisé son profit.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
4, 2 (p. 72)
Le Maître a dit :
− L’homme noble est ferré en justice, l’homme vulgaire en profit.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
4, 16 (p. 75)
Le Maître a dit :
− L’homme noble est lent à parler mais prompt à agir.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
4, 24 (p. 77)
Le Maître a dit :
− La vertu n’est jamais seule ; elle trouve toujours des voisins.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
4, 25 (p. 77)
Jan K’ieou confia un jour à Confucius :
− Ce n’est point que je n’apprécie pas votre enseignement, mais la force me manque.
Le Maître répondit :
− Ceux dont la force est insuffisante s’arrêtent à mi-chemin, mais toi, tu t’arrêtes avant d’avoir commencé.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
6, 11 (p. 89)
Le Maître a dit :
− L’homme vit par droiture ; sans elle il ne vit que par chance.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
6, 18 (p. 90)
Le Maître a dit :
− L’intelligence se plaît à l’eau, la bonté à la montagne. L’une est mouvement, l’autre est repos, l’une bonheur, l’autre longévité.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
6, 22 (p. 91)
Le Maître a dit :
− La vertu résultant de l’acte juste n’est-elle pas la plus haute perfection ! Bien peu savent s’y tenir longtemps.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
6, 28 (pp. 92-93)
Le Maître a dit :
− On peut vivre heureux en se nourrissant de légumes, s’abreuvant d’eau claire et n’ayant que son bras replié pour oreiller. Tandis que biens mal acquis sont nuages vagabonds.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
7, 16 (p. 97)
Dans son enseignement, le Maître insistait sur quatre points : la culture, la conduite, la loyauté et la sincérité.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
7, 25 (p. 99)
Le Maître a dit :
− Le bien est-il loin de nous ? Il suffit de le désirer pour qu’il soit là.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
7, 30 (p. 101)
Maître Tseng disait :
− Ne pas rougir, en dépit de ses nombreux talents et de ses vastes connaissances, de s’enquérir auprès de ceux qui sont dépourvus et de talent et de connaissance ; sembler démuni alors qu’on est riche, vide alors qu’on est plein, être capable d’endurer les affronts sans broncher, c’est à quoi l’un de mes meilleurs amis s’est employé.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
8, 5 (p. 105)
Le Maître a dit :
− Ô grandeur et majesté de Chouan et Yu qui possédèrent toute la Terre-sous-le-Ciel sans s’y attacher !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
8, 18 (p. 108)
Comme le Maître parlait de s’exiler chez les barbares de l’Est, quelqu’un lui demanda ce qu’il allait faire dans ces contrées déshéritées. Confucius répondit :
− Aucune contrée n’est déshéritée dès lors qu’un homme de bien y séjourne.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
9, 14 (p. 114)
Le Maître a dit :
− Si je m’arrête juste avant la dernière pelletée de l’érection d’un tertre, tout mon travail aura été vain ; tandis que la première pelletée visant à aplanir une éminence me rapproche du but − pourvu que la tâche soit poursuivie.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
9, 19 (p. 115)
Le Maître a dit :
− Il est plus aisé de s’emparer du commandant d’une armée que de la résolution d’un pauvre hère.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
9, 26 (p. 116)
Le Maître a dit :
− Ceux qui les premiers ont ouvert la voie dans le domaine des rites et de la musique peuvent bien passer pour rustiques et ceux qui viennent après pour raffinés, si l’on me demandait de choisir, je choisirais les premiers.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
11, 1 (p. 125)
Comme Tseu-lou l’interrogeait sur la façon de servir les dieux, le Maître répondit :
− Tu ne sais pas servir les hommes, et tu te mêles encore de servir les dieux !
Questionné sur la mort, il lui fit la réponse suivante :
− Quand on ne sait même pas ce qu’est la vie, comment pourrait-on comprendre ce qu’est la mort !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
11, 12 (pp. 127-128)
Tseu-kong demanda à Confucius :
− De Tseu-tchang et Tseu-hsia, lequel des deux est le plus sage ?
− Tseu-chang a tendance à dépasser les limites et Tseu-hsia à rester en deçà.
− Alors Tseu-chang l’emporte sur Tseu-hsia ?
− L’excès ne vaut pas mieux que l’insuffisance, répondit le Maître.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
11, 16 (pp. 128-129)
Sseu-ma Nieou se lamentait que tout le monde avait des frères sauf lui. Tseu-hsia le rabroua :
− Vie et mort dépendent du destin, richesses et honneurs du Ciel. Entre les quatre mers tous les hommes sont les frères de l’homme de bien, parce qu’il ne manque de respect à personne et se montre déférent et courtois avec chacun. Qu’aurait-il à se lamenter de ne pas avoir de frères ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 2 (p. 136)
Tseu-tchang ayant interrogé Confucius sur la sagacité, celui-ci répondit :
− Ne pas admettre les insinuations perfides ni les accusations qui sont comme des piqûres d’épingle, c’est cela la sagacité ; oui, ne pas admettre les insinuations perfides ni les accusations qui sont comme des piqûres d’épingle, je dirais même que c’est avoir une vue à long terme !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 3 (p. 137)
Interrogé par Tseu-kong sur l’art de gouverner, le Maître répondit :
− Assurer la subsistance du peuple, veiller à sa défense et gagner sa confiance.
− En cas d’absolue nécessité, laquelle de ces trois tâches sacrifier en premier ? s’enquit Tseu-kong.
− La défense.
− Des deux restantes ?
− La subsistance. La mort existe depuis toujours, mais aucun État ne peut se maintenir sans confiance.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 4 (p. 137)
Ki K’ang-tseu s’entretenant avec Confucius de questions de gouvernement lui demanda :
− Que diriez-vous si je mettais à mort les fripons pour faire venir à moi les hommes vertueux ?
− Est-il besoin de tuer pour gouverner ? rétorqua le Maître. Il suffirait que vous soyez vertueux pour que le peuple le soit aussi. La vertu de l’homme supérieur est comme le vent, celle de l’homme de peu comme l’herbe : le vent souffle et l’herbe s’incline à son passage.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 16 (pp. 140-141)
− Que doit faire un gentilhomme pour être qualifié d’éminent ? questionna Tseu-tchang. Confucius lui demanda de préciser :
− Qu’entends-tu par « éminent » ?
− Quelqu’un qui, où qu’il serve, auprès d’un clan ou d’un État, est renommé.
− C’est être renommé, non éminent. L’homme éminent, droit par nature, est épris de justice. Il sait analyser les discours et observer les mimiques, il n’hésite pas à se rabaisser devant autrui ; c’est ainsi que, où qu’il serve, auprès d’un clan ou d’un État, il est éminent. L’homme renommé porte un masque de bonté que dément chacun de ses actes ; néanmoins il réussit à donner le change sans éveiller les soupçons. Voilà pourquoi, où qu’il serve, auprès d’un clan ou d’un État, il est renommé.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 17 (p. 141)
Alors que Fan Tch’eu accompagnait le maître en promenade sous les frais ombrages du tertre des danses d’invocation à la pluie, il en profita pour lui demander comment affermir sa vertu, corriger ses erreurs et dissiper les égarements.
− Excellente question ! s’exclama le Maître. Donner le pas à l’effort sur les fruits, n’est-ce pas affermir sa vertu, se préoccuper plus de la poutre qu’on a dans l’oeil que de la paille dans celui du voisin, n’est-ce pas là le moyen de corriger ses erreurs ? Et qu’est-ce que l’égarement sinon oublier sa personne et mettre en danger les siens sur un simple mouvement d’humeur ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 18 (pp. 141-142)
Tseu-lou demanda au Maître :
− Qu’est-ce que gouverner ?
Celui-ci lui répondit :
− Aller de l’avant, se donner de la peine.
− Mais encore ?
− Sans relâche.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
13, 1 (p. 144)
Le gouverneur de Cheu confia à Confucius qu’il y avait dans son canton un homme d’une parfaite droiture : il avait dénoncé son père qui avait volé un mouton. Le Maître répondit :
− Chez moi, on se fait une autre idée de la droiture : le fils couvre le père et le père le fils. C’est en cela que réside la droiture.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
13, 19 (p. 149)
Le Maître a dit :
− L’homme de bien cherche l’harmonie, non la conformité, l’homme de peu la conformité plutôt que l’harmonie.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
13, 24 (p. 151)
Le Maître a dit :
− L’homme énergique a de fortes maximes, mais les fortes maximes ne font pas l’homme énergique. Qui possède la bonté possède le courage, mais le courage ne fait pas la bonté.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
14, 4 (p. 154)
Nan-kong Kouo, au cours d’un entretien avec le Maître, lui fit cette remarque :
− Yi excellait au tir à l’arc et Ngao était d’une force capable de tirer un bateau sur la terre ferme, mais tous deux périrent de mort violente. Le prince Millet et Yu le Grand, bien que courbés sur la charrue, possédèrent l’empire.
Le Maître ne dit rien. Mais après le départ de Non-kong Kouo, il s’exclama :
− C’est un sage, cet homme ! Ah, il sait apprécier la vertu, cet homme !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
14, 5 (p. 154)
Le Maître a dit :
− L’homme noble vit dans la crainte que ses actes ne soient pas à la hauteur de ses discours.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
14, 26 (p. 160)
Le Maître a dit :
− C’est en demandant beaucoup à soi-même et peu à autrui que l’on se soustrait au ressentiment.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 14 (p. 169)
Le Maître a dit :
− L’homme noble exige tout de lui-même ; l’homme vulgaire tout des autres.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 20 (p. 170)
À Tseu-kong qui lui demandait s’il n’y avait pas une formule propre à servir de devise tout au long de l’existence, le Maître répondit :
− Ne serait-ce pas le tact : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ? »
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 23 (p. 171)
Le Maître a dit :
− Errer sans se corriger, c’est véritablement errer.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 29 (p. 172)
Le Maître a dit :
− L’homme noble est rigoureux sans être rigoriste.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 36 (p. 174)
Confucius a dit :
− L’homme noble a neuf préoccupations. Il se préoccupe que sa vue sa claire, son ouïe aiguisée, sa mine avenante, son maintien respectueux, sa parole sincère, son service diligent ; il se préoccupe encore d’interroger en cas de doute, des conséquences de ses actes dans la colère et de la justice dans la perspective d’un profit.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
16, 10 (p. 180)
Le Maître a dit :
− La nature rapproche, les habitudes éloignent.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 2 (p. 184)
Un jour, Confucius confia à Tseu-lou :
− Tseu-lou, mon petit, as-tu entendu parler des six revers des grandes vertus ?
− Non, fit Tseu-lou.
− Alors assieds-toi, je vais t’expliquer : la bonté sans étude tourne en bêtise, l’intelligence en frivolité, la sincérité en cruauté, la rectitude en intransigeance, la bravoure en rébellion, la fermeté en fanatisme.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 8 (p. 186)
Le Maître a dit :
− Les bien-pensants sont les assassins de la vertu.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 13 (p. 187)
Le Maître a dit :
− Qui répète à tous les croisements ce qu’il a entendu en chemin galvaude la vertu.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 14 (p. 187)
Tseu-lou demanda au Maître tout à trac :
− L’homme de bien ne doit-il pas priser la vaillance ?
− L’homme de bien, répondit Confucius, place la justice au-dessus de tout : l’homme de bien qui est brave sans avoir le sens de la justice est un fauteur de troubles, l’homme de peu un brigand.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 23 (p. 190)
Un jour, le fou de Tch’ou, Kie-yu, passa devant la porte de Confucius en fredonnant :
Ô phénix, ô phénix,
La vertu s’éclipse !
On ne réforme pas le passé,
Seul l’avenir peut se rattraper.
Alors, renonce ! Renonce !
Car la politique a des ronces.
Confucius dégringola les degrés pour lui parler, mais l’autre, allongeant le pas, s’était déjà éloigné, en sorte qu’il ne put le rattraper et engager avec lui la conversation.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
18, 5 (p. 193)
La piété filiale (xiao)
Le Maître a dit :
− Seul il peut enseigner celui-là qui, ressassant l’ancien, est capable de susciter du nouveau.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 8 (p. 60)
À un quidam qui le raillait en lui demandant pourquoi il n’exerçait pas de charge dans le gouvernement, Confucius répondit :
− Quand le Livre des Documents dit : « Ô pénétrés d’amour filial, amicaux envers vos aînés, vous ferez fleurir ces vertus dans le gouvernement », ne parle-t-il pas de l’exercice du gouvernement ? À quoi bon être au gouvernement pour gouverner ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 18 (pp. 62-63)
Le Maître a dit :
− Je transmets, je n’innove pas. J’ai foi dans l’Antiquité et je la chéris. S’il m’était permis de hasarder une comparaison, je me définirais comme un vieux scribe.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
7, 1 (p. 94)
Tsai Wo demanda au Maître si la durée de trois ans pour le deuil des parents n’était pas excessive ; il fit valoir que le rite et la musique risquaient d’en pâtir fâcheusement, voire d’être ruinés définitivement dès lors que, durant une si longue période, l’homme de qualité ne pouvait plus s’y exercer ; il conclut que le laps de temps d’une année, qui voit le grain nouveau remplacer l’ancien et le foret faire jaillir le feu approprié aux quatre saisons, lui paraissait largement suffisant.
− Te sentirais-tu le coeur à te nourrir de riz blanc et à te vêtir de fins brocarts au bout d’un an ? lui demanda le Maître.
− Pour sûr ! répondit le disciple.
− Si cela ne te cause aucune gêne, libre à toi d’agir à ta guise, repartit le Maître. Mais figure-toi que, durant toute la période du deuil, l’homme bien né n’éprouve aucun goût pour la nourriture, ne ressent aucune joie à écouter de la musique, ne trouve nul agrément à son logis ; c’est la raison pour laquelle il y renonce. Mais puisque toi, tu y trouves plaisir, adonnes-y-toi !
Quand Tsai Wo eut pris congé, le Maître s’exclama :
− Il a un caillou à la place du coeur, ce Tsai Wo ! Ce n’est qu’au bout de trois ans qu’un enfant quitte le giron de ses parents. Aussi trois ans sont-ils la durée universellement reconnue pour leur deuil. Et lui, a-t-il seulement trois ans d’amour à dédier à ses père et mère !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 21 (pp. 189-190)
La place des rites (li)
Le Maître a dit :
− Guidez le peuple par les règlements, gouvernez-le par les châtiments, et n’aspirant qu’à se soustraire à la sévérité des lois, il perdra toute vergogne ; instruisez-le par la vertu, gouvernez-le par les rites, pénétré du sens de l’honneur, il sera porté naturellement au bien.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
2, 3 (p. 58)
Le Maître a dit :
− À quoi sert à l’homme le rite sans la bonté ? À quoi sert à l’homme la musique sans la bonté ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
3, 3 (p. 64)
En entrant dans le grand temple ancestral du Lou, Confucius demande des explications sur tout ; quelqu’un persifla :
− Qui a dit que le rejeton de l’homme de Tseou connaissait les rites ? Dans le temple ancestral, il n’arrête pas de poser des questions.
Confucius à qui ces propos furent rapportés dit :
− Mais c’est précisément ça les rites.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
3, 15 (pp. 67-68)
Le Maître a dit :
− Qui s’enrichit par les lettres et se contient par les rites ignorera le reniement.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 12 (p. 140)
Confucius a dit :
− Il y a trois plaisirs bénéfiques et trois nocifs. Bénéfiques sont les plaisirs que l’on tire à se régler sur les rites et la musique, à louer les qualités d’autrui et à compter nombre de gens de valeurs parmi ses amis ; nocifs sont les plaisirs procurés par le faste ostentatoire, l’oisiveté et la joie bruyante des banquets.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
16, 5 (pp. 178-179)
Le Maître a dit :
− Ah, le rite ! Ah, le rite ! Comment donc, simplement de la soie et du jade ? Ah, la musique ! Ah, la musique ! Comment donc, simplement des cloches et des tambours ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 11 (p. 187)
La compétence diplomatique
Le Maître a dit :
− On doit moins craindre d’être incompris des hommes que de ne pas les comprendre.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
1, 16 (p. 57)
Le Maître a dit :
− Quand le fond l’emporte sur la forme c’est rustrerie, quand la forme l’emporte sur le fond c’est cuistrerie ; lorsque fond et forme brillent d’un même éclat, c’est seulement alors qu’il y a noblesse.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
6, 17 (p. 90)
Le Maître a dit :
− Celui qui parle avec conviction est-il un sage ou n’est-il pas plutôt un imposteur ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
11, 20 (p. 130)
Interrogé par Tseu-kong sur l’amitié, le Maître répondit :
− Ne pas hésiter à dire franchement ce que l’on a sur le coeur pour guider ses amis vers le bien. S’ils refusent de vous entendre, savoir ne pas insister, de peur d’essuyer des rebuffades.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
12, 20 (pp. 142-143)
Tseu-lou demanda au Maître :
− Si le prince de Wei vous confiait les rênes du gouvernement, quel serait votre premier soin ?
− Rectifier les noms, répondit Confucius.
− Vraiment ! Vous vous égarez. Rectifier les noms ! À quoi bon !
− Triple buse ! s’emporta le Maître. Quand on ne sait pas on se tait ! Si les noms ne sont pas corrects, les propos ne seront pas conformes. Si les propos ne sont pas conformes, les affaires ne pourront être réglées. Si les affaires ne peuvent être réglés, les rites et la musique ne pourront fleurir ; les rites et la musique n’étant pas florissants, les châtiments seront injustes ; les châtiments étant injustes, le peuple ne saura plus où mettre ni pieds ni mains. C’est pourquoi le prince attribue des noms qui donnent cohérence aux discours et tient des discours qui ont leur application dans les conduites. Oui, un sage, en ce qui concerne le langage, veille à ne rien employer au hasard !
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
13, 3 (p. 145)
Tseu-tchang questionna le Maître sur les voyages. Celui-ci lui fit les recommandations suivantes :
− Parle avec sincérité et loyauté, agis avec empressement et déférence, et tu pourras aller et venir sans encombre même chez les barbares ; mais pour peu qu’il n’y ait ni loyauté ni sincérité dans tes paroles, ni empressement ni déférence dans tes actions, crois-tu que cela te sera possible, même dans ton propre pays ? Qu’à pied cette prescription brille en lettres d’or devant toi, qu’en char elle se déploie en travers du timon de ton attelage, ce n’est qu’alors qu’il te sera loisible de circuler en toute sécurité !
Tseu-tchang inscrivit ces instructions sur sa ceinture.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 5 (p. 167)
Le Maître a dit :
− Il suffit aux mots de porter.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
15, 40 (p. 174)
Le Maître a dit :
− Phrases bien tournées et airs charmeurs riment rarement avec bon coeur.
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
17, 17 (p. 188)
Comme Tch’en Tseu-tsin déclarait à Tseu-kong que seule une déférence mal placée lui faisait dire que Confucius lui était supérieur, Tseu-kong s’insurgea :
− Conscient qu’un seul mot suffit à le faire passer pour sage ou pour ignare, l’homme de bien retourne sept fois sa langue dans sa bouche. Personne ne peut égaler Confucius ! Ce serait comme de vouloir monter au ciel en s’aidant d’une échelle ! Ah, si notre Maître avait exercé le gouvernement d’un État, alors « ceux qu’il aurait établis seraient fermes à leur poste, ceux qu’il aurait guidés seraient allés de l’avant, ceux à qui il aurait tendu la main seraient venus à lui, ceux qu’il aurait mis en mouvement auraient été unis comme un seul homme. Couvert de gloire vivant, il aurait été pleuré mort ». Comment Confucius pourrait-il être égalé ?
CONFUCIUS, Entretiens (v. – 500)
19, 25 (pp. 204-205)
